J’ai chargé la récolteuse de coton à 22:30, l’engin était aussi discret qu’un bulldozer dans une église. Mon Actros a senti l’affaire dès le démarrage, comme s’il me disait « Xavier, tu vas souffrir ». 389 km avant moi, autant dire une bonne nuit de sommeil fragmentée et 11847 euros qui se gagnent à la régularité. La machine était assujetie aux lois de la physique et du transport, rien de plus compliqué qu’une équation mal résolue.

La route espagnole avait ses charmes malsains, notamment des portions où le macadam faisait des vagues. Mon camion, lui, ne bronchait pas. Il y a une certaine dignité à conduire un engin qui ne se plaint jamais, contrairement à mes jambes après 7 heures sans vraie pause. J’ai croisé 3 autres transporteurs qui m’ont fait des appels de phares pour une raison que seul le désespoir expliquerait. Vers 5 heures du matin, un chat a traversé la route comme s’il avait aussi une livraison urgente.

L’arrivée à Palerme s’est faite sous un soleil qui n’avait rien demandé à personne. La récolteuse a été déchargée sans incident, ce qui représente environ 47 % de réussite pour ce type d’opération. Mon Actros s’est garé avec le calme des vieux guerriers, et j’ai signé les papiers en pensant aux 389 km qui venaient de devenir de l’histoire. Demain, il y aura un autre camion, une autre route. Aujourd’hui, il y avait juste du coton à livrer.

— Tonton Gzav