J’ai quitté Lyon à 15:28 avec 18 tonnes de plastiques usés à l’arrière. Mon Mercedes Actros 2014, lui, n’a pas posé de questions. Le camion sait ce qu’il fait depuis 10 ans, contrairement à moi qui me demande encore pourquoi je fais ça. La route vers Montpellier s’offrait à nous en ligne droite, sans surprise majeure, ce qui est déjà une forme de miracle dans ce métier.

En 329 km, j’ai croisé 3 fois plus de gilets jaunes que de contrôles réels. L’autoroute était son état normal : encombrée mais stable, genre une relation de 15 ans. Mon Actros a consommé ce qu’il consomme toujours, c’est-à-dire un peu trop et un peu juste, et nous avons roulé sans incident notable. Les plastiques usés, eux, ne se plaignaient pas. Ils se fichaient royalement de Montpellier.

4055 euros pour 329 km, ça semble correct si on ne pense pas trop au prix de l’essence et à l’usure. L’arrivée s’est faite en fin d’après-midi, déchargement expédié en 45 minutes par 2 gars qui bossaient comme s’ils avaient mieux à faire ailleurs. Personne n’a remarqué que mon camion avait une trace d’huile nouvelle sous le moteur. Je l’ai remarquée, moi. Mon Actros vieillit, tranquillement, avec la dignité de ceux qui ne regrettent rien.

— Xavier