Il était 22h30 quand j’ai quitté la plateforme avec 280 km devant moi et 6114 euros de raison pour le faire. Mon Volvo FH 2024 avait déjà avalé 3 autres trajets la semaine, et lui, il s’en fichait royalement. C’est bon un camion qui ne se pose pas de questions existentielles. Les amandes de Montpellier, c’est pas lourd, mais c’est du délicat—faut pas les secouer comme du gravier. J’ai vérifiée 2 fois l’arrimage avant de partir, histoire de pas arriver à Clermont avec des miettes à la place du cargo.
La nationale s’était vidée comme prévu à cette heure. Le moteur de mon Volvo faisait son bruit de chat content, régulier, sans drama. J’aime ça, quand un camion sait faire son travail sans te demander d’être son psychologue. Entre Lodève et Saint-Flour, j’ai croisé 1 autre routier à une aire, un gars qu’on se connaît pas mais qu’on s’est dit un vrai truc du genre « bon courage chef » juste en croisant les phares. C’est la fraternité des petites heures. L’air était frais, le GPS tenait ses promesses, et pour une fois les feux rouges de Montferrand m’ont laissé tranquille.
J’ai déchargé vers 5h du matin, avant que l’entrepôt de Clermont soit vraiment vivant. Le gars du quai m’a servir du café qui avait le goût de carburant synthétique, mais je l’ai bu quand même. Mon Volvo attendait dehors, patient comme toujours. 280 km, 6114 euros, et surtout cette sensation qu’on appelle jamais par son nom mais qu’on ressent dans le poignet quand on tourne le volant : la route, c’est du solide.
