03:04, c’est l’heure où même mon Mercedes Actros 2014 semble fatigué de son existence. J’ai embarqué 6853 euros de pâté de foie espagnol ce matin, ce qui représente, mathématiquement parlant, beaucoup de foies heureux. Le camion a accepté sa charge sans commentaire, comme il accepte tout depuis 2014, avec la dignité silencieuse d’une créature qui sait que personne n’écouterait ses plaintes de toute façon.
Les 328 km entre Saragosse et Bayonne, c’est la distance qu’on parcourt sans vraiment avancer. J’ai compté 7 stations-service où le café coûte plus cher que du vrai pâté, 4 camions garés en travers dont 1 sans phares, et 1 automobiliste en berline grise qui m’a doublé sur une ligne continue en levant le pouce comme si j’allais le féliciter. Mon Actros a tenu bon, moteur régulier, suspension indifférente aux aspérités de la route. Le GPS avait raison, ce qui arrive environ 1 fois par an.
Arrivée à Bayonne en fin d’après-midi avec la cargaison intacte, ce qui n’était pas garanti vu l’état de certaines routes. Les 6853 euros n’ont pas tremblé une seule fois. C’est là qu’on mesure le succès dans ce métier : pas de dégâts, pas d’appels paniqués, pas de discussions avec l’assurance. Le camion s’est arrêté sans faire d’histoires, et j’ai signé les documents. 328 km, un pâté intact, une victoire si discrète qu’elle en devient presque invisible.
