À l’aire d’Urrugne, juste après la frontière, il y a une douche pour routiers. Je le sais parce que j’y ai laissé un peu de ma dignité un matin de mai, à une heure où le ciel basque hésitait encore entre la nuit et l’excuse d’un lever de soleil.

Le principe est simple : on insère un jeton, l’eau coule chaude pendant huit minutes, puis s’arrête. Ce matin-là, l’eau a respecté le contrat sur la durée mais pas sur la température. Huit minutes d’eau franchement glaciale, distribuées avec la régularité d’une machine qui ne ment jamais sur la quantité, seulement sur la qualité. J’ai tenu trente secondes par pur orgueil, le reste par résignation.

En sortant, j’ai croisé un collègue espagnol qui attendait son tour. Je lui ai fait le geste universel du transporteur : un hochement de tête, un haussement d’épaules, et ce demi-sourire qui veut dire « vas-y, mais ne dis pas que je ne t’avais pas prévenu ». Il a souri en retour, du sourire de celui qui n’a pas compris mais qui comprendra bientôt.

J’ai repris la route vers Bayonne, propre, gelé, et étrangement satisfait. Il y a des matins où la seule victoire, c’est d’avoir survécu à sa propre hygiène. L’Actros, lui, n’a pas eu ce problème. Il ne se lave jamais et s’en porte très bien.

— Xavier

— Xavier