J’ai quitté Andorre vers 6h du matin avec 355 kilomètres à avaler. Mon Actros 2014, lui, ne s’était pas plaint à la révision de jeudi. La charge, c’était des pneus moto—des trucs de compétition, des Michelin et des Pirelli qu’on ne posera jamais sur une Yamaha de dimanche. Le facteur de la coursive m’avait glissé un papier : pas de pause, pas de détour, Montpellier avant 16h. Je roule seul, donc il parlait au vent.

La route jusqu’à Narbonne a été plate, sans histoire. À Perpignan, j’ai pris un café trop sucré dans une station où le type derrière le comptoir regardait des vidéos de chats sur son téléphone. Mon camion a craché un peu d’échappement en redémarrant—rien de grave, juste son avis sur la qualité du gasoil du coin. Vers 14h, j’ai vu à la radio qu’on annonçait des embouteillages à Montpellier. Je m’en fichais déjà.

J’ai déposé les pneus à l’entrepôt logistique de Montpellier à 15h47. Le gars du quai a signé sans vérifier, comme toujours. 8284 euros pour 355 kilomètres de silence et d’indifférence. Mon Actros a ronronné tout du long. Ce qui me tue, c’est que personne ne saura jamais sur quel circuit ces pneus ont fini. Voilà le métier.

— Tonton Gzav