J’ai chargé 47 tonneaux vides à Bologne vers 17:34. Des tonneaux vides, c’est-à-dire que mon Volvo FH 2024 transportait essentiellement de l’air, payé comme du poids. Alpine Transports a trouvé ça malin, apparemment. Le client avait besoin de ses récipients à Ancona, c’est tout ce qu’on m’a dit. Pas de questions idiotes, juste 251 km de route côtière avec une cargaison qui tenait à peu près dans le vide du camion.
La route était plate, prévisible, sans surprise autre que les bouchons habituels près de Ravenne. Mon Volvo n’a rien eu à dire, il a roulé comme il roulait hier et comme il roulera demain. J’ai écouté une station locale jusqu’à ce qu’elle commence à diffuser de la musique de variété française, moment où j’ai coupé le son pour préserver ma santé mentale. Les tonneaux ne se sont plaint de rien, avantage du vide.
Arrivée à Ancona vers 22:15, déchargement sec en 20 minutes. Le responsable logistique a signé, m’a payé 5278 euros pour avoir promené du néant sur 251 km. Je me suis demandé une seconde si c’était vraiment un métier ou juste une histoire absurde qu’on recommence chaque jour. J’ai décidé de ne pas creuser cette question et j’ai filé à l’aire de repos pour dormir, pendant que mon camion refaisait ses forces en silence, le moteur tiède.
