22:30, j’étais déjà au volant quand on m’a confié les 204 km vers la Sardaigne du nord. Du pâté de foie de Cagliari, 4736 euros de responsabilité qui sentaient bon l’Italie même scellés sous cellophane. Ce camion, il connaît la route maintenant, il savait où on allait avant même que je branche le GPS. Les routes côtières la nuit, c’est un truc : pas de circulation, juste le noir et les phares qui percent.
En roulant, j’ai pensé à tous les pâtés de ce type qui passent par ici chaque semaine. Les gens à Sassari les attendent pour leurs tables du lendemain, ils ne le savent pas. Mon Volvo FH, lui, s’en fout : il fait son job, ses 204 km, sans broncher. À un moment vers 1h du matin, une station essence était fermée, tout était fermé d’ailleurs. J’ai souris. C’était prévu, rien de nouveau sous le soleil corse qui n’était pas levé.
J’ai livré à l’heure, la marchandise impeccable, pas un pli. Le gars du quai à Sassari a juste hoché la tête en voyant les palettes descendre. Pas d’effusions, pas besoin. J’ai signé, et j’ai repris la route pour rentrer à la base. 4736 euros, c’est pas mal pour une nuit comme celle-là. Mon camion a tout fait, moi j’ai juste tenu le volant. C’est ça le métier : être là, rouler, livrer. Le reste, c’est du bruit.
