Je monte vers le nord pour le rendre. Loin, un endroit que je ne nommerai pas, où un gamin attend un camion qu’il croit déjà connaître par les photos. Hier soir, je me suis arrêté plus tôt que d’habitude et je l’ai lavé. Pas un coup de jet : tout. L’intérieur, les vitres, les recoins où la poussière s’installe comme chez elle. Je l’ai lavé mieux que je ne me lave, et je n’en ai pas honte.
J’ai vidé mes affaires une à une. Le gobelet qui est à moi, la lampe, la couverture qui sent le gazole et moi. Et le calendrier, que j’ai décroché pour de bon — la date entourée était pour demain, je le savais depuis le début sans vouloir le compter. Sous le pare-soleil, à la place, il n’y a plus rien. Un rectangle plus clair sur le plastique, là où la plage avait passé des années à ne pas exister.
J’ai dormi une dernière nuit dans la couchette. Le moteur froid, la pluie sur le toit — évidemment qu’il pleuvait, ç’aurait été déplacé qu’il fasse beau. Je n’ai pas pensé à grand-chose. On croit qu’on aura de grandes pensées dans ces moments-là ; on a surtout sommeil. Demain je tends les clés. Cette nuit, il est encore à moi, et je l’écoute ne faire aucun bruit.
