J’ai quitté Evora vers 20:30 avec 386 km devant moi et 13653 euros de responsabilité sur le papier. Mon Mercedes Actros 2014, ce camion, il avait l’air de bonne humeur ce soir-là, ce qui n’est jamais une garantie. On a roulé tranquille sur la péninsulaire, pas de circulation à signaler, juste quelques feux rouges qui s’éternisaient comme s’ils avaient tout leur temps. L’huile moteur que je tractais ne devait pas arriver à bon port par la force de la volonté, mais par celle du moteur diesel, heureusement plus fiable que la première.
La route jusqu’à Huelva n’a rien d’extraordinaire : du bitume, des panneaux, des kilomètres qui s’additionnent sans déclaration d’amour. Mon Actros a maintenu un rythme régulier, celui qui fait les délais sans drame. J’ai croisé 2 voitures garées bizarrement sur l’autoroute vers minuit, j’ai supposé que les conducteurs cherchaient quelque chose de plus intéressant que la route. Le silence était complet à part le ronronnement habituel du moteur, qui semblait content de lui.
Arrivée à Huelva aux alentours de 00:45, dans ce vide noir que connaissent bien les routiers de nuit. Le client attendait, ou du moins c’est ce qu’il fallait supposer puisqu’il y avait des lumières. J’ai déchargé l’huile moteur avec la conviction profonde que c’était utile à quelqu’un. Mon Mercedes Actros 2014, ce camion, avait fait son job sans broncher. C’est déjà ça.
