J’ai quitté Madrid à 10:28 avec 10149 euros de charge sur le plateau. Des Volvo, rien que des Volvo, immobilisées dans mon Mercedes Actros 2014 comme des otages bien rangés. Ce camion, il ne s’était pas plaint une seule fois sur les 287 kilomètres. C’était même suspect, cette docilité. Les pneus tenaient bon, le moteur ronronnait sans drame, et moi je regardais la route défiler en me demandant quelle était l’arnaque. Les autoroutes espagnoles sont des lignes droites peintes par quelqu’un qui avait raison : aucun détour, aucune surprise, juste du bitume et de la concentration.

Le trafic entre Madrid et Valladolid se résume à 3 semi-remorques aperçus d’une station-essence à l’autre et 1 motard qui m’a doublé comme si j’étais immobile. Les aires de repos avaient l’air abandonnées, ce qui convenait parfaitement à mon humeur. J’ai pris un café à mi-parcours. Le serveur ne m’a rien dit. J’ai rien dit non plus. C’est comme ça qu’on communique, nous, entre professionnels de l’ennui routier.

L’arrivée à Valladolid s’est faite sans cérémonie. Les Volvo ont trouvé leur quai, les papiers se sont signés, et ce camion a respiré un bon coup dans le silence. 287 kilomètres de certitude mécanique. C’est pas mal, pour une mercredi matin qui aurait pu être pire. J’ai noté mes heures. Tout était conforme. Rien ne s’était cassé. En 25 ans de route, je sais reconnaître une victoire discrète quand j’en vois une.

— Tonton Gzav