Ce matin à 07:17, mon Actros et moi, on a chargé 18 tonnes de tomates tchèques pour Munich. Le chauffeur de Prague m’a fait un sourire qui voulait dire « bonne chance », ce qui ne présage jamais rien de bon. Le GPS affichait 368 km, ce qui semblait honnête jusqu’à ce que je réalise qu’on parlerait de 6 heures de route sans pause, ou 7 avec, selon ma conscience du jour.

La route a été ce qu’elle est toujours : une succession d’événements mineurs qu’on appelle quand même une journée de travail. À Plzen, j’ai failli franchir un rond-point en suivant un Scania qui s’était trompé. À 14:43, les tomates devaient avoir chaud. Je n’ai pas vérié. Ce n’était pas marqué sur le bon de livraison. Mon Actros ronronnait de manière régulière, sans drame, sans héroïsme, juste comme il sait faire depuis 2014.

Munich m’a accueilli avec ses embouteillages sympathiques et ses 7604 euros promis. Le client a compté les caisses, m’a signé le papier, et voilà. Personne ne m’a demandé si les tomates s’étaient ennuyées. Ce n’était pas le sujet. Mon Actros, lui, avait roulé droit, sans question, sans reproche. C’est peut-être ça qui fait les vraies rencontres.

— Xavier