Il était 04:43 quand j’ai quitté Guarda avec 4853 euros de responsabilité à l’arrière. Mon Mercedes Actros 2014, ce camion, il ronronnait comme un chat qui ne pose pas de questions. 370 km entre moi et Lisboa, soit environ le temps nécessaire pour comprendre pourquoi on charge des tracteurs à une heure où les poules dorment encore. Le carnet de bord ne ment pas: départ réglementaire, pas d’excès de vitesse, juste la solitude habituelle et 2 cafés avalés sans conviction.
La route s’est déroulée avec cette indifférence qu’elle réserve aux routiers. Mon camion, il ne s’est plaint de rien. Les tracteurs à l’arrière, eux non plus. J’ai croisé 3 voitures qui roulaient comme si elles avaient quelque chose à prouver. Vers 09:30, le soleil s’était levé sur l’autoroute, indifférent au spectacle de 13 tonnes de fer agricole fendant l’air. Aucune crevaison, aucun contrôle routier, aucune surprise. C’est déjà ça.
Arrivée à Lisboa peu avant 14:00, les tracteurs déchargés, le camion respirant normalement. 4853 euros pour avoir roulé droit pendant 370 km sans incident mémorable. Mon Actros, ce camion, il a eu son essence. Moi, j’ai eu mon indemnité kilométrique. Personne n’est riche, mais personne n’est déçu non plus. C’est ainsi qu’on gagne sa croûte dans ce métier: en l’absence totale de drame.
