Il était 04:43 quand j’ai quitté Porto avec mon Actros. 4876 euros de lait de coco à bord, ce qui semblait disproportionné jusqu’à ce que je comprenne qu’on parlait d’une livraison entière, pas d’une bouteille personnelle. Mon camion, lui, s’en fichait royalement. Il a juste fait son boulot en silence, comme tous les jours, pendant que je sirotais mon café froid et que je me demandais qui consommait réellement autant de lait de coco dans la région de Guarda.

Les 208 km se sont déroulés sans incident majeur, si on ignore la portion où j’ai croisé un homme qui promenait un caniche en pyjama. Il était 06:27. Mon Actros ne cillait pas. Les routes étaient dégagées, le GPS avait décidé d’être honnête pour une fois, et je suis arrivé à destination en ayant seulement perdu 12 minutes à chercher l’accès de déchargement. C’est une victoire qu’on ne célèbre jamais assez.

J’ai signé les papiers sans commentaire. Le responsable m’a dit que c’était du très bon lait de coco. J’ai hochè la tête. Mon camion attendait dehors, fidèle, carbonisé par le soleil du matin. On a repris la route ensemble vers Alpine Transports. 4876 euros, 208 km, une observation absurde sur un caniche en pyjama. C’est ça, la routine. Et c’est très bien comme ça.

— Tonton Gzav