J’ai quitté la Sardaigne avec 354 kilomètres devant moi et une cargaison d’équipements informatiques qu’il fallait pas secouer trop fort. Le Volvo, il connaît la route maintenant, il la sent presque. À cette heure-là, l’après-midi commençait à peine son déclin, et les routes du continent m’attendaient en travers. Les 4526 euros promis à Alpine, c’était pas rien, mais rien de follichon non plus—juste une livraison qui rentre dans l’ordinaire des jours.

L’autoroute jusqu’à la côte espagnole a filé sans surprise notable. Mon camion ronronne régulier, les palettes bien arrimées, pas de bruit louche du côté du moteur. J’ai croisé le ballet habituel des petits transporteurs, quelques camping-cars de retraités qui font semblant d’avoir du temps. L’air commençait à changer d’odeur vers Barcelone—cette senteur mélangée de sel, de gasoil et de villes trop serrées. J’aime pas trop ces passages, mais on y prend goût avec le temps, faut dire.

Andorre en fin de journée, les montagnes se resserraient comme des murs gris. J’ai trouvé la plateforme sans galère, les gars de la réception ont déchargé ça vite, presque trop vite pour un vendredi. Le Volvo s’est garé là-bas content de lui, moteur coupé. Une livraison banale, sans histoire, sans ennuis—c’est là qu’on reconnaît un bon jour dans ce métier.

— Tonton Gzav