04:43, je quitte Badajoz avec 240 km devant moi et une remorque pleine de bois de construction emballé comme du cristal de bohème. Mon Actros, il ronronne à vide avec ce genre de conscience professionnelle qu’ont les camions qui savent qu’on ne rigole pas avec le bois. 4983 euros pour cette livraison à Sines, c’est exactement le prix du sérieux. Le GPS avait ses raisons, moi j’avais les miennes, et elles convergeaient sur la même route portugaise.
La nuit descend à une heure où les murs des villes dorment encore et les chauffeurs songent à des choses très concrètes. Mon Actros, il traverse les 240 km sans commentaire personnel, ce qui est sa manière de dire que tout va bien. Le bois emballé tient bon, les courbes se succèdent avec la régularité des battements de cœur d’un homme fatigué mais maîtrisé. Personne ne m’avait prévenu que ce trajet serait ennuyeux, or l’ennui est une forme de victoire routière.
Arrivée à Sines en fin de matinée, le déchargement s’effectue avec le même flegme que le reste. 4983 euros ne discutent pas, le bois de construction était là, je ne l’ai pas perdu en route, et mon Actros n’a pas eu besoin de thérapie. Ce qu’on appelle une journée normale chez Alpine Transports, c’est une journée où personne ne téléphone et où la remorque revient vide.
